About                     

(Texte en Français plus bas)

When I was a child, my father’s work meant that we moved frequently and lived in many different parts of the world. At the age of four, we were living in Ufa in the USSR, before moving to Abu Dhabi. When I was eight, we settled in northern China, in Manchuria, where we lived for five years. This was in the late 1970s and early 1980s, and China was very different from the country we know today.

In both Russia and China we lived in small, austere apartments, and living conditions were often harsh. Despite the extreme cold, I spent most of my free time outdoors, wandering and playing in the nearby dump, searching for “treasures” to make my first pieces of jewelry. I was often bored, and I believe it was during those moments that my inner imaginative world began to develop.

From our apartment in Liaoyang, all I could see was a road where trucks, buses, military vehicles, and bicycles passed by. Behind us stretched an empty lot. There were no trees, no greenery in sight. People wore clothes in dark, muted tones. It seemed that my entire world was composed of grays and blacks, dark blues, and a little khaki.

At that time my contact with art was rare, except during occasional visits to temples or certain factories. Once a year we visited our family in Paris. On the way back, before taking the twelve-hour train ride to Liaoyang, we spent a few days in Beijing, where we visited the Forbidden City, the Temple of Heaven, and the Great Wall. I was fascinated. I also remember being deeply captivated by traditional Chinese paintings—horses and vaporous landscapes painted in ink on rice paper.

Around the age of thirteen my parents divorced and we moved back to France. It was a major upheaval. My mother enrolled me in the private school where she taught French, Ancient Greek, and Latin. The students wore designer clothes, and I suddenly discovered a world I knew nothing about: fashion and its social codes. For many reasons, returning to France was a shock. I felt profoundly out of place. In response, I shaved my head and became part of the Parisian punk scene of the time. It was my way of expressing my refusal of what was happening to me. I had to readjust and learn how to live in Europe.

At eighteen I left home to begin my studies. I loved that period of freedom and discovery. I studied Art History at the Sorbonne, where I obtained a Master’s degree. After my studies, life called me back to Asia. I moved to Singapore, where I worked in several art galleries. It was there that I discovered and began collecting Southeast Asian art.

Life continued to take me to other places: New York, then Pondicherry, where I worked as an artists’ agent. India left a deep impression on me. I was overwhelmed by the intensity of its colors and by the way color seemed to flow through everyday life.

I later returned to Paris, where I collaborated on the Fondation Cartier website before moving to Lisbon. There I studied contemporary jewelry making. It was a moment of revelation. I suddenly realized that what I had been creating as a child—with scraps, pieces of bone, shells, stones, and elements from nature—was already a form of art.

Today I live between Basel, Paris, and Lisbon. Through all these journeys and experiences, one constant has remained: my art. In one way or another, I have always created.

My experience of the world runs through my work. I am particularly drawn to women and their place in society, and I am fascinated by the ways human beings interact with one another and with nature. Sometimes these relationships are beautiful, sometimes painful.

Strange figures often appear in my work,  beings that do not conform to traditional standards of beauty. My characters may have two heads, be covered in spots, or display asymmetrical forms. They reflect life as it is: imperfect, fragile, and marked by fractures.

For a long time I drew without showing my work to anyone. There were moments when I tried to stop painting. I told myself it was useless, that I had children to raise. I told myself that art was a luxury, perhaps not a priority. I told myself my work had no value. But I couldn’t stop.

Today, after raising my children, living in different countries, and starting my life over several times, I devote myself to what I have always wanted to do. Somewhere deep inside, even in moments of doubt, a part of me always knew that I would never be able to stop. This is my world. And today, I share it.

A propos.

Lorsque j’étais enfant, le travail de mon père nous amenait à déménager souvent et à vivre dans de nombreux endroits du monde. À l’âge de quatre ans, nous vivions à Oufa, en URSS, puis nous déménagions pour Abu Dhabi. À huit ans, nous nous sommes installés dans le nord de la Chine, en Mandchourie, où nous avons vécu pendant cinq ans. C’était à la fin des années 1970, début des années 80, et la Chine était alors très différente de celle que l’on connaît aujourd’hui.

En Russie comme en Chine, nous habitions de petits appartements très dépouillés, et les conditions de vie étaient rudes. Malgré le froid extrême, je passais la plupart de mon temps libre dehors, à errer et à jouer dans la décharge voisine, à la recherche de « trésors » pour fabriquer mes premiers bijoux. Je m’ennuyais souvent, et je crois que c’est dans ces moments que mon univers imaginaire s’est développé.

Depuis notre appartement de Liaoyang, je ne voyais qu’une route où passaient des camions, des bus, des véhicules militaires et des bicyclettes. Derrière nous s’étendait un terrain vague. Aucun arbre, aucune trace de verdure. Les gens portaient des vêtements aux couleurs sombres et sourdes. Il me semblait que mon monde entier était composé de gris et de noirs, de bleus foncés et d’un peu de kaki.

À cette époque, mon contact avec l’art était rare, sauf lorsque nous étions autorisés à visiter des temples ou certaines usines. Une fois par an, nous rendions visite à notre famille à Paris. Sur le chemin du retour, avant de reprendre le train de douze heures vers Liaoyang, nous passions quelques jours à Pékin. Nous visitions la Cité interdite, le Temple du Ciel, la Grande Muraille. J’étais fascinée. Je me souviens aussi avoir été profondément captivée par certaines peintures traditionnelles chinoises : des chevaux, des paysages vaporeux réalisés à l’encre sur papier de riz.

Vers l’âge de treize ans, mes parents ont divorcé et nous sommes revenus vivre en France. Ce fut un bouleversement. Ma mère m’inscrivit dans l’école privée où elle enseignait le français, le grec ancien et le latin. Les élèves y portaient des vêtements de marques ; je découvrais soudain un monde dont j’ignorais tout : celui de la mode et de ses codes sociaux. Pour de nombreuses raisons, ce retour en France fut un choc. Je me sentais profondément déplacée. En réaction, je me suis rasé la tête et j’ai fréquenté la scène punk parisienne de l’époque. C’était ma manière de montrer mon refus de ce qui m’arrivait. Je devais me réadapter, apprendre à vivre en Europe.

À dix-huit ans, j’ai quitté la maison pour commencer mes études. J’aimais cette période de liberté et de découverte. J’ai étudié l’histoire de l’art à la Sorbonne pi j ai obtenu un Master. Après mes études, la vie m’a de nouveau appelée vers l’Asie. Je me suis installée à Singapour, où j’ai travaillé dans plusieurs galeries d’art. C’est là que j’ai découvert et commencé à collectionner l’art d’Asie du Sud-Est.

La vie m’a ensuite menée vers d’autres horizons : New York, puis Pondichéry, où j’ai travaillé comme agente d’artistes. L’Inde m’a profondément marquée. J’y ai découvert l’intensité vibrante des couleurs et la manière dont elles imprègnent la vie quotidienne.

Je suis ensuite revenue à Paris, où j’ai collaboré au site internet de la Fondation Cartier, avant de m’installer à Lisbonne. Là, j’ai étudié la création de bijoux contemporains. Ce fut un moment de révélation pour moi. J’ai alors compris que ce que je fabriquais enfant avec des objets trouvés, des morceaux d' os, de bois, des coquillages, des pierres et des éléments de la nature était une forme d’art.

Aujourd’hui, je vis entre Bâle, Paris et Lisbonne. À travers tous ces voyages et ces expériences, une constante demeure : d’une manière ou d’une autre, j’ai toujours créé.

Mon expérience du monde traverse mon travail. Je m’intéresse en particulier aux femmes et à leur place dans la société, au rôle des mères et je suis fascinée par la manière dont les êtres humains interagissent entre eux et avec la nature. Parfois ces relations sont belles, parfois douloureuses. 

Dans mes œuvres apparaissent souvent des figures étranges, des êtres qui ne correspondent pas aux standards traditionnels de beauté. Mes personnages peuvent avoir deux têtes, être couverts de taches ou présenter des formes asymétriques. Ils reflètent la vie telle qu’elle est : imparfaite, fragile, traversée de fissures.

Pendant longtemps j' ai dessiné sans le montrer a personne. Il y a eu des moments où j’ai tenté de ne plus peindre. Je me disais que c’était inutile, que j’avais des enfants à élever , je me disais que l’art était un luxe, que ce n’était peut être pas une priorité. Je me disais que mon travail n’avait aucun intérêt. Mais je ne pouvais pas m'arrêter.

Aujourd’hui, après avoir élevé mes 3 enfants, vécu dans différents pays et recommencé ma vie plusieurs fois, je me consacre à ce que j’ai toujours voulu faire. Quelque part au fond de moi, même dans les moments de doute, une part de moi savait que je ne pourrais jamais m’arrêter. C’est mon monde. Et aujourd’hui, je le partage.